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hommes, pervertis par un système absurde, persistaient, avec une constance condamnable, à rendre nuls tous nos efforts, soit en cherchant à corrompre l’esprit public par des écrits perfides, soit en faisant retentir la tribune nationale de vociférations séditieuses. De telles entraves ne pouvaient manquer de vicier notre marche législative, et il n’est que trop vrai que nous étions tombés dans une inaction qui ne pouvait se prolonger sans devenir ignominieuse. Vos mandataires fidèles… ont expulsé de leur sein les citoyens Hérard Dumesle, de la commune des Cayes, et David Saint-Preux, de celle d’Aquin, dont les manœuvres tendaient visiblement à provoquer la dissolution du corps politique[1]… »

Dans la même séance, une députation de sept membres de la Chambre avait apporté au Président d’Haïti le message qui lui fut adressé. Six autres n’y avaient pas paru et demandèrent par lettres la permission de s’en absenter pendant quelques jours. Le 16, trois autres écrivirent à la Chambre et sollicitèrent des permis de s’en éloigner. La Chambre, voyant cette espèce de sauve-qui-peut, décida à l’unanimité : « que ceux de ses membres qui n’ont pas obtenu de permis pour s’absenter, et qui refuseraient de donner leurs signatures à ses actes, seront réputés avoir donné leur démission. » Tous se soumirent à cette décision et vinrent signer sur les registres. Elle avait aussi arrêté que les représentans exclus seraient avertis de leur déchéance : ce qui eut lieu.

Hérard Dumesle et David Saint-Preux n’étaient pas hommes à se soumettre passivement à leur expulsion de la Chambre des communes, prononcée surtout avec les cir-

  1. Ceci rappelle assez bien les procès de tendance qui eurent lieu en France sous la Restauration.