Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 10.djvu/184

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


enfans d’Haïti au collége de la Marche[1]. À raison de cette liaison, il était tout naturel que M. Granville fût sensible au désagrément, au malheur éprouvé par son ami. Mais il profita de cette occasion que lui offrait cette distribution de prix, en présence de la commission d’instruction publique et des familles des élèves du lycée, pour adresser à ces derniers une allocution virulente contre le pouvoir supérieur qui, croyait-il comme beaucoup d’autres, avait fait poursuivre l’auteur de l’article incriminé de la Feuille du Commerce[2]. Cependant, après avoir rempli lui-même les fonctions du ministère public, il devait mieux que personne connaître les impérieux devoirs imposés à l’organe de la société, au magistrat chargé de veiller à la répression des délits qui la troublent matériellement ou moralement, pour se persuader que le commissaire du gouvernement n’avait pas besoin d’un ordre supérieur pour agir comme il avait fait. Lorsqu’un homme accepte une telle fonction pour la remplir avec loyauté envers tous, il doit avoir le courage de ses actes, quelles que soient les circonstances et quoi qu’il puisse en advenir[3]. Enfin, l’allocution de M. Granville parut si déplacée dans une telle cérémonie, que la commission d’instruction publique se crut obligée de dénoncer le fait au Président d’Haïti. Ce jour-là, à la fin de décembre, elle était présidée par le sénateur Audigé ; le juge de paix Théodore s’y trouvait : tous deux étaient, non-seulement les amis, mais les alliés de M. Granville, et ce furent eux qui

  1. On sait déjà qu’en 1797, plusieurs jeunes enfans du pays furent envoyés en France pour y être élevés par ordre du Directoire exécutif.
  2. Le lendemain de la condamnation de M. Courtois, M. Granville alla le voir en prison ; et là, il prononça des paroles compromettantes que le geôlier rapporta au ministère public. Ce magistrat l’aimait trop pour en faire l’objet même d’un reproche.
  3. Je dois dire ici, à la louange de M. Courtois, que parmi les opposans contre lesquels je dus lutter, il est celui qui m’a donné le plus de preuves de son estime après la chute du président Boyer.