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Et le Sénat ne voulut pas rester en arrière sous ce dernier rapport : il fit aussi ériger des tribunes dans la salle de ses séances, tant on croyait que l’ère du régime parlementaire, des discours plus ou moins éloquens, allait enfin s’ouvrir pour Haïti[1].

Si la Chambre des communes avait habilement interprété la proclamation du 5 janvier, pour énumérer les mesures qu’elle réclamait dans son adresse, c’est qu’effectivement l’opinion publique, excitée, travaillée en tout sens par l’Opposition, surtout depuis la révolution de 1830 en France, éprouvait un vague désir de changemens, de modifications en toutes choses. Les idées avaient fait des pas rapides dans l’examen des devoirs imposés à tout gouvernement, partant au nôtre ; on se lassait en Haïti, de l’état paisible dont, malgré tout, le pays jouissait, de la continuation d’une situation qui n’offrait rien de nouveau ou d’extraordinaire pour les intelligences[2]. En même temps, les affaires commerciales, la position de chacun, se ressentaient de l’effet produit par le système financier depuis la création du papier-monnaie, bien que dans cette année il y eût une amélioration sensible[3].

Mais les espérances conçues par la Chambre, même par le Sénat, du moins par ceux de leurs membres qui se sentaient orateurs, pour avoir occasion de discuter publiquement, de prouver leur capacité en élucidant toutes les questions d’intérêt national, de provoquer du pouvoir exé-

  1. Ces tribunes furent établies sur la proposition du sénateur Joseph Georges.
  2. S’il nous était permis de parodier à notre tour, nous dirions : « Haïti s’ennuyait,  » — comme M. de Lamartine a dit en 1847 : « La France s’ennuie. »
  3. Le café se vendait en Haïti, — en 1830, à 9 piastres ; en 1831, à 10 ; en 1832, à 12 ; — et respectivement en Europe, en France particulièrement, — en 1830, à 8 piastres 1/8 ; en 1831, à 12 1/2 ; en 1832, à 15 1/2. La situation commerciale s’était donc améliorée en Haïti, partant la position de chacun, puisque le café est la principale production du pays et que les transactions se règlent d’après son prix.