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quelques propos malveillans imputés au colonel Édouard Michaud, commandant de la commune des Verrettes, et qui inquiétaient les habitans ? Le général Bonnet avait dû s’y rendre pour calmer les esprits, et y avait réussi. Mais le secrétaire général, survenant, crut qu’il s’était trop alarmé des bruits qui avaient couru, et eut le tort de manifester cette opinion publiquement en parlant aux citoyens et aux troupes ; ce qui amena un désaccord, un refroidissement entre lui et Bonnet. Celui-ci soupçonnait le général Guerrier, commandant de l’arrondissement de la Marmelade à la résidence de Saint-Michel, de n’être pas étranger aux projets qu’on supposait à E. Michaud, d’après les propos qu’on lui imputait. Il est probable qu’en tout ceci, la malveillance et le bavardage des opposans, qui se trouvaient partout, avaient beaucoup contribué à cet état d’inquiétude qui n’eut heureusement aucune suite fâcheuse[1].

Dans cette tournée du Sud, le Président apprit la mort de l’évêque Henri Grégoire, à Paris, le 28 mai. Aussitôt, il donna des ordres à tous les commandans d’arrondissement de la République, de faire célébrer dans toutes les communes un service funèbre à la mémoire du pieux philanthrope qui s’était montré un constant ami de la race noire durant le cours de sa longue vie. Ce service dut avoir lieu le même jour, au mois de septembre où Boyer devait être de retour à la capitale, afin que la nation entière se réunît ce jour-là dans le temple catholique, pour implorer le Tout-Puissant en faveur de l’âme de celui qui fit graver sur sa tombe ces paroles d’un chrétien : « Mon Dieu, faites-moi miséricorde et pardonnez à mes ennemis » [2]. Au Port-au-Prince, le service fut chanté avec pompe ; le Président,

  1. Voyez les Mémoires d’Inginac, pages 83 et 84.
  2. La tombe de l’ancien évêque de Blois est au cimetière du Sud ou du Mont-Parnasse, à Paris : sur une pierre, on lit son nom et les paroles citées ci-dessus.