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qu’il plaisait aux particuliers de publier, en vertu de la liberté de la presse. Or, le numéro du 20 novembre produisit un long article, sous la rubrique de Santo-Domingo, qui commentait l’ordonnance de Charles X avec une certaine vivacité de patriotisme, et telle qu’en général on la concevait dans la République. M. le baron Maler en fut ému ; il s’adressa immédiatement au gouvernement, qui semblait patroner cet article, puisqu’il avait paru dans son journal officiel, et qu’il en devenait en quelque sorte responsable aux yeux du gouvernement français. Le secrétaire général Inginac lui répondit que la liberté des opinions existait en Haïti et que chacun avait le droit d’exprimer les siennes. Mais il fut facile à M. Maler de lui démontrer que, cela étant, et le gouvernement laissant à chacun la faculté de publier sur son propre journal, celui-ci devait avoir, comme le Moniteur français, une « partie officielle » pour insérer les actes du gouvernement, et une partie « non officielle » pour insérer les écrits des particuliers, afin de n’en être pas responsable et solidaire. Cette réclamation était trop judicieuse pour n’être pas aussitôt accueillie : depuis lors, la distinction fut établie, selon que le suggéra le chargé d’affaires de France.

L’anniversaire de l’indépendance d’Haïti, jour de fête nationale consacrée par la constitution, survint peu après, et M. Maler fut invité à assister aux cérémonies usitées. Dans son discours du 11 juillet précédent, Boyer avait dit que désormais, dans cette solennité, les Haïtiens devraient ajouter au serment « de vivre indépendans ou de mourir » le vœu « qu’une confiance et une franchise réciproque cimentent à jamais l’accord qui venait de se former entre eux et les Français. » Son discours du 1er janvier 1826 fut en rapport avec cette idée, tout en rappelant à ses concitoyens