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sa seconde note adressée au général Inginac, où il le priait « de réclamer la protection efficace du Président pour ceux de ses compatriotes que leurs affaires retiendraient quelque temps encore à Haïti, malgré ses avis pressans. » M. Molien les convoqua au consulat général et leur enjoignit de quitter le pays sans délai, à cause des éventualités qui allaient surgir du refus fait par Boyer de ratifier les traités. Contre son attente, ses compatriotes, en majorité, refusèrent péremptoirement d’obéir à cette injonction, et ils lui remirent même une protestation écrite dont ils adressèrent la copie au ministre des affaires étrangères de France. Ils alléguaient pour motif de leur résolution, qu’ayant leurs intérêts engagés en Haïti, ils ne pouvaient les abandonner par rapport à de semblables difficultés entre ce pays et le leur, difficultés qui finiraient probablement par être aplanies entre les deux gouvernemens ; et que, d’ailleurs, ils étaient assurés de la protection de Boyer pour leurs personnes et leurs propriétés, car avant l’établissement du consulat français, ils en jouissaient pleinement.

Ce fut un mécompte pour M. Molien : de le néanmoins sa sollicitude pour ses compatriotes, et la résolution qu’il prit lui-même de partir pour la France avec M. Pichon fils. Il appela du Cap-Haïtien M. Cerffber, afin de lui laisser la gérance du consulat général ; et les « relations de bonne amitié » ne continuèrent pas moins entre ce consul et le gouvernement haïtien, après le départ de son chef[1].

M. Molien était encore à la capitale, quand le Président publia, le 12 juin, une proclamation qui récapitula tous

  1. Si M. Cerffber cessa de corresponde officiellement avec le gouvernement (ce que j’ignore), il ne continua pas moins à jourir de tous les égards dus à sa personne et à son rang.