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C’est ici le lieu et l’occasion de remarquer qu’en Haïti, il arrive assez souvent que les fonctionnaires publics surtout ne semblent pas toujours bien pénétrés de l’obligation où ils sont, de se tenir dans une réserve commandée par leur position, lorsqu’il s’agit de juger les actes du gouvernement. Ils oublient que ce qui est permis aux simples citoyens leur est interdit à eux-mêmes, sous peine de voir colporter leur opinion d’une manière fâcheuse pour eux et pour le pays. Ils passent alors pour être opposans au chef du gouvernement ; celui-ci se défie d’eux, et la chose publique en souffre. Certainement, on ne cesse pas de s’y intéresser, on n’abdique point sa qualité de citoyen, quand on occupe une fonction quelconque dans l’État ; mais comme l’on contracte en même temps l’obligation de suivre le système que le gouvernement a adopté, selon les circonstances, pour mieux régir le pays, on est tenu à beaucoup de prudence dans l’examen de ce système, — à moins peut-être qu’on ne se trouve dans ces temps de désolation où les mauvaises intentions du chef du gouvernement se décèlent par ses actes mêmes.

Tel n’était point le cas où se trouvait Boyer, quand il accepta l’ordonnance du roi de France. Mais il n’y, eut que trop de gens satisfaits de cette espèce d’échec subi par son gouvernement, parmi ceux qui lui étaient opposés personnellement. Malheureusement, — nous l’avons déjà dit. — il avait eu le tort de ne pas imiter la conduite de Pétion, il avait négligé ce qui pouvait le plus excuser, sinon justifier la sienne ; et quand il apprit que de tous côtés on lui jetait la pierre, quand les journaux étrangers vinrent augmenter cette fâcheuse situation par leurs réflexions plus ou moins acerbes sur l’acceptation de l’ordonnance, le Président se laissa aller à une sorte de dégoût dans ses rap-