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ceux auxquels ils étaient opposés. Passant ensuite dans la grande salle où se tenaient les corps d’officiers, il les harangua en termes chaleureux et leur recommanda de maintenir les troupes en bon ordre et toujours prêtes à frapper les coupables qui oseraient attenter à l’existence du gouvernement national. Ces paroles furent accueillies par les militaires avec leur enthousiasme patriotique ordinaire ; ils crièrent : Vive le Président d’Haïti ! en promettant de le seconder, de lui obéir en tout ce qu’il leur ordonnerait de faire.

Mais qu’y avait-il à ordonner et à faire ? C’était la question difficile à résoudre, même pour le Président. Après avoir réuni autour de lui les sénateurs présens et quelques magistrats, il les invita à le suivre dans le pavillon situé au jardin du palais où d’autres conseils secrets avaient été tenus précédemment, et il y fit appeler aussi les colonels de la garnison, La curiosité des assistants au palais fut vivement excitée en ce moment, pour savoir quelle résolution allait sortir de cette assemblée civile et militaire. Là, Boyer demanda l’opinion de ceux qui l’entouraient, à commencer par le grand juge Voltaire. Celui-ci opina pour « la déportation à l’étranger » des hommes considérés comme les meneurs de l’affaire du 14. M. Dieudonné, doyen du tribunal de cassation, opina comme son chef hiérarchique. Mais le sénateur J.-F. Lespinasse, le premier, son collègue Audigé, ensuite, firent observer que les faits qui avaient eu lieu, aux obsèques du jeune Fruneau étaient indubitablement prévus au code pénal, qu’il y avait des tribunaux établis pour en juger les auteurs, et que les lois voulaient qu’ils y fussent traduits par le ministère public. Cette opinion était trop judicieuse, trop préférable à la première émise, pour ne pas être accueillie par Boyer ; et, sans de-