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dre dre de vous dans une autre circonstance. Mais le caractère de Boyer ne lui permettait pas de suivre cette dernière méthode : l’ardeur surabondait en lui, alors que son cœur était plus porté à l’indulgence qu’à là punition.

Tous les officiers des corps de troupes avaient reçu l’ordre de se rendre au palais. Au retour du Président, chacun était curieux de savoir ce qu’il allait dire et faire : la reunion des fonctionnaires était nombreuse. Il éclata contre la commission d’instruction publique, dont M. Viallet était le directeur, en lui reprochant sa faiblesse pour ne l’avoir pas averti de tout ce qui se passait au lycée, à sa connaissance ; il destitua tous les membres de cette commission[1], ainsi que M. Granville, directeur du lycée, et les professeurs qui seraient reconnus avoir pris part a là démonstration du jeudi. Il déclara que M. Granville était indigne de la confiance qu’il avait placée eh lui, en contribuant plus que personne à égarer la jeunesse, à pervertir son esprit et ses sentimens, et que c’était surtout à lui de s’opposer au scandale démagogique dont on avait donné le spectacle dégoûtant à là capitale[2]. À ce sujet, Boyer dit, comme toujours, les choses les plus sensées sur les conséquences qui pourraient résulter de fâcheux pour le pays, par l’esprit d’anarchie que certains hommes essayaient d’y répandre, sans prévoir qu’ils en seraient des victimes, de même que

  1. Une nouvelle commission fut formée sous la direction du sénateur Lespinasse : son collègue Audigé, le juge de paix Théodore et les membres du conseil des notables en faisaient partie, ainsi que le commissaire du gouvernement, B. Ardouin.
  2. Boyer avait raison de s’en prendre surtout à Granville qui aurait dû empêcher ce scandale ; mais après lui avoir reproche toutes ces choses et l’avoir destitué avec cet éclat, six mois ensuite il le rétablit dans ses fonctions de directeur du lycée dont il fut encore révoqué avec colère, à la fin de 1832. — Après sa destitution, Granville avait vainement tenté d’établir un pensionnat au Port-au-Prince (Feuille du Commerce du 8 mai 1831). On doit regretter qu’une aussi belle intelligence, un cœur aussi généreux, se soit trouve dans une si fâcheuse situation. Personne ne possédait mieux que lui le talent de l’enseignement et l’art de se faire aimer de ses éleves.