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désespoir n’avait aucun fondement, puisque ni lui ni ses compagnons n’étaient conduits sous escorte, et qu’il aurait dû considérer cette mesure du Président comme dictée seulement par la prudence gouvernementale. Parvenu à la capitale, le général Nord Alexis reçut ensuite l’ordre de se rendre à Jacmel ; et Eusèbe, d’aller au Petit-Trou, dans l’arrondissement de Nippes. Après quelques mois de séjour en ces endroits, ils revinrent au Port-au-Prince où Boyer leur dit qu’ils pouvaient retourner à leur domicile[1].

D’après la relation de ces faits, le lecteur peut reconnaître qu’il n’y eut pas conspiration, ni même projet de conspiration de la part des trois personnes que nous venons de nommer. S’il existait dans le Nord une opposition constante, elle avait ses causes dans le système du gouvernement de la République qu’on n’y agréait pas, d’après les précédens régimes qui y avaient longtemps prévalu. Mais le mécontentement manifesté en cette circonstance fut un fait général dans tout le pays, et nous en avons dit les motifs dans la précédente Époque. Au Port-au-Prince même, où l’on fut témoin de tout, il était certainement plus vif que partout ailleurs ; à Santo-Domingo, le général Borgella fut le premier à le manifester, sans calculer ce que l’autorité de sa parole pouvait avoir d’influence sur l’esprit public : aussi verra-t-on ce que produisit deux ans plus tard son opinion généralement connue à ce sujet.

  1. Le respectable, sénateur Larose, ancien ami du général Magny ; fut très-courouce contre lui à propos de la dénonciation qu’il porta au Président contre le général Nord Alexis. M. Larose avait beaucoup d’estime pour ce dernier et il pensait que l’expression de ses opinions en cette circonstance, ne pouvant compromettre la pait publique dans le Nord, Magny aurait dû les combattre par le raisonnement appuyé de son exemple. Nord Alexis resta sans, emploi pendant longtemps et obtint ensuite le commandement de l’arrondissement du Port-de-Paix où il mourut. Eusèbe ne fut pas non plus employé, et il exerça la médecine au Cap-Haïtien : c’était un bien digne citoyen.