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nement de la République, et ce fut par ce motif que le Président voulut s’y rendre pour prouver le contraire, assuré qu’il était d’y être bien accueilli par les citoyens, comme antérieurement.

Peu après, c’était un autre bruit qui circulait au Port-au-Prince et qui venait à l’appui de celui-là. Le Président avait expédié l’ordre au général Marion d’envoyer le 13e régiment d’infanterie (alors le 12e), pour y tenir garnison, à l’instar des autres corps de troupes du Sud, de l’Ouest et des autres départemens, et pendant laquelle il congédiait ordinairement les vieux soldats : il trouvait d’ailleurs l’occasion de parler aux officiers et d’entretenir leur attachement au gouvernement. Mais comme ce régiment des Cayes n’était pas arrivé immédiatement, — le colonel réunissant tous ses inférieurs pour l’amener au complet, — on disait qu’il se refusait à l’exécution de l’ordre du Président. Ce régiment parvint enfin à Léogane où ce bruit s’était propagé, et le général Ulysse, commandant de l’arrondissement, en parla au corps d’officiers en citant nommément le citoyen Lully, qu’il disait être celui qui avait le plus imputé cette mauvaise disposition au 13e. Les officiers, indignés, prièrent ce général de le faire comparaître sur le-champ, pardevant eux ; mais averti, M. Lully monta à cheval et se rendit au Port-au-Prince, afin de se mettre sous la protection du Président, en lui déclarant qu’il avait innocemment répété le bruit qui circulait. Il se présenta au palais le dimanche 17 avril, peu après une séance orageuse dont nous allons dire la cause[1].

À la suite de la polémique entre D. Inginac et Fruneau,

  1. Boyer se borna à lui reprocher vivement sa légèreté et son inconséquence. Il occupait une fonction publique à Léogane, et il ne la perdit pas.