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duction, ne pouvant évidemment payer l’indemnité aux termes assignés, et consentant à payer des intérêts pour la somme restante, le gouvernement français devait consentir aussi à lui donner des facilités à cet égard, en acceptant les rescriptions sur ses douanes, telles que son gouvernement l’entendait. La négociation ne put aboutir sur ce point, chaque partie tenant à sa manière de voir. C’est alors que M. Pichon eut recours à Boyer pour le porter à lever la difficulté, en l’attribuant surtout à Inginac qui lui paraissait personnellement opposé aux prétentions du gouvernement français, parce qu’il faut le dire, des trois grands fonctionnaires, Inginac était le plus capable de soutenir la discussion, et il l’avait soutenue avec chaleur ; et parce que, de plus, tous les agents français s’obstinaient à voir en lui un homme plus disposé en faveur de la Grande-Bretagne que de la France[1].

Sur ce recours de M. Pichon, Boyer invita les grands fonctionnaires à chercher une autre combinaison. M. Pichon, reconnaissant lui-même les embarras d’Haïti, conseilla en ce moment au Président de publier une loi qui ordonnerait de payer désormais les droits de douanes, sur marchandises importées de l’étranger, « en monnaie d’Espagne, » ce qui donnerait à la République les moyens de s’acquitter facilement envers la France[2]. Il lui dit que le commerce étranger, même celui de son pays, ne pourrait se plaindre de cette mesure administrative, attendu qu’un fait analogue se passait depuis longtemps à l’égard des Haïtiens eux-mêmes qui, en achetant des propriétés du domaine national, versaient au trésor la moitié du prix de vente « en

  1. Voyez ce qu’Inginac dit à ce sujet, dans ses Mémoires, page 79.
  2. On verra à quelle occasion cette mesure fut prise en 1835.