Page:Arbois de Jubainville - Cours de littérature celtique, tome 1.djvu/96

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à peu près à la condition des esclaves : elle n’ose rien par elle-même et n’est jamais admise a délibérer sur les affaires publiques. La plupart, accablés, soit par les dettes, soit par le taux exorbitant des impôts, soit par les injustices des grands, se livrent eux-mêmes en servitude aux nobles, et ceux-ci ont sur eux tous les mêmes droits que les maîtres sur les esclaves. Quant aux deux classes dominantes, l’une est celle des druides, l’autre est celle des chevaliers. Les premiers sont chargés des choses divines, président aux sacrifices publics et privés, et interprètent les mystères de la religion. Un grand nombre de jeunes gens accourent auprès d’eux pour s’instruire par leur enseignement, et ces jeunes gens ont pour eux le plus grand respect. Les druides jugent, en effet, toutes les contestations publiques ou privées ; si quelque délit grave, si quelque meurtre a été commis, s’il s’élève une difficulté pour un héritage ou pour des limites, ce sont eux qui prononcent ; ils fixent les dommages-intérêts[1] et les peines. Lorsqu’un simple particulier ou un peuple ne se soumet

  1. (1) Je rends par dommages-intérêts le latin præmia ; M. R. Dareste m’a suggéré cette interprétation, qui n’est pas une traduction littérale ; elle est fondée sur la connaissance que nous avons du droit pénal germanique et celtique et sur l’ignorance où les Romains étaient alors de cette législation ; de là, l’inexactitude de l’expression de César et la possibilité pour nous de la rectifier. Præmium, chez César, représente ici l’idée du wehrgeld germain et de l’êric irlandais.