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Feadaib est le datif pluriel de fid, « arbre » (en breton gwezen, en gallois gwydden), nom des caractères ogamiques dans la langue irlandaise[1] ; tandis que les lettres latines ont pénétré en Irlande avec leur nom latin liter[2], les lettres ogamiques s’appellent fid « arbre » au pluriel feda, et chacune porte le nom d’un arbre différent. Ainsi, dans la préface du panégyrique de saint Columba, composé par Dallan, fils de Forgall, chef des file d’Irlande à la fin du sixième siècle, nous lisons que ce panégyrique est un anamain entre deux frênes. Anamain est, dans la langue des grammairiens irlandais, le terme technique spécialement employé pour désigner les poèmes composés par les chefs des file, c’est-à-dire par les ollam, car ollam était le nom que donnaient les file à ceux d’entre eux qui occupaient le rang le plus élevé dans leur hiérarchie. Dallan, fils de Forgall, étant un ollam, le panégyrique composé par lui prenait le nom d’anamain[3] ; et comment cet anamain se trouvait-il entre deux frênes ? Parce que cet anamain avait pour première lettre un n et pour dernière lettre encore un n, et que le nom de la lettre n, dans l’alphabet ogamique, était nin, c’est-à-dire « frêne, » ash, comme on dit en anglais.

  1. « Ni diegar dona bardaib eolus i-feadaib ocus an-deachaib. » Whitley Stokes, Three irish Glossaries, p. 81, au mot eolus.
  2. Ms. de Saint-Gall, p. 6, col. 2, chez Ascoli, Il codice irlandese dell' Ambrosiana, t. II, p. 15 ; cf. Grammatica celtica, 2e édition, p. 979.
  3. (3) Glossaire de Cormac, chez Whittey Stokes, Three Irish Glossaries, p. 3.