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citharizatur par no aní crottichter[1]. Croit est le datif de crott, dont la 3e personne du singulier, indicatif présent passif, crottichther, est dérivée. Telle est la forme sous laquelle le nom de la harpe celtique apparaît dans le manuscrit le plus ancien que nous puissions citer, et ce manuscrit est du neuvième siècle ; mais crott se retrouve à une époque contemporaine de Fortunat, dans la pièce fameuse connue sous le nom d'Amra Choluimb Chilli, composée pour célébrer l’éloge de saint Columba, par Dallan fils de Forgall, chef des file d’Irlande vers la fin du sixième siècle. Dans le plus vieux manuscrit que nous en possédions, le Liber hymnorum de Trinity-College à Dublin, onzième siècle, on lit :

Is crott cen cheis, is cell cen abait. « C’est une crotta sans ceis, un monastère sans abbé. »

Suit un commentaire écrit probablement au onzième siècle, et où l’on voit qu’à cette époque on connaissait toujours en Irlande l’espèce de harpe appelée crott, mais on avait oublié le sens dn mot ceis. Peu nous importe ici ce détail[2]. Ce qui nous intéresse est une mention de la crotta en Irlande au sixième siècle[3].

Il est quelquefois question de cet instrument dans la poésie épique irlandaise. Ainsi Ailill, amoureux

  1. Zimmer, Glosse hibernicæ e codicibus wirziburgensi, carolisruhensibus, aliis, p. 78, Berlin, 1881.
  2. Sur le sens du mot ceis voir une dissertation d’O’Curry, On the manners and customs the ancient Irish, t. III, p. 248-256.
  3. Whitley Stokes, Goidelica, 2° éd., p. 160. Cf. O’Beirne-Crowe, The amra Choluimb Chilli, p. 28-29, et fac-similé du Leabhar na hUidhre, p. 8. En moyen irlandais, on dit cruit au nominatif.