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Bricriu, récemment publiée par M. Windisch[1]. Le barde arriva trop tard. Posidonius nous le représente suivant à pied la route où le roi était traîné dans un char ; il court à côté du char royal, chantant un poëme où il fait l’éloge du roi et, quant à lui-même, déplore le malheureux sort qui l’a fait arriver après le festin terminé. Le roi lui jette un sac d’or que le poëte ramasse en chantant « La trace que votre char laisse sur la terre produit aux hommes de l’or et des bienfaits[2]. »

Quelques années plus tard, en l’an 121 avant notre ère, le proconsul romain Gn. Domitius Ænobarbus reçut de Bituitos, fils de Louernios, une ambassade où se trouvait un barde qui chantait la noblesse, la bravoure, les richesses de Bituitos, des Allobroges et du chef de l’ambassade[3].

  1. Irische Texte, p. 254-303. La salle de festin de Bricriu était construite à l’imitation de celle des rois suprêmes d’Irlande à Tara, qui avait la forme d’un parallélogramme rectangle.
  2. « Ἀφορίσαντος δ’αὐτοῦ προθεσμίαν ποτὲ τῆς θοίνης ἀφυστερήσαντά τινα τῶν βαρβάρων ποιητὴν ἀφικέσθαι καὶ συναντήσαντα μετὰ ᾠδῆς ὑμνεῖν αὐτοῦ τὴν ὑπεροχήν, ἑαυτὸν δ’ἀποθρηνεῖν ὅτι ὑστέρηκε, τὸν δὲ τερφθέντα θυλάκιον αἰτῆσαι χρυσίου καὶ ῥῖψαι αὐτῷ παρατρέχοντι, ἀνελόμενον δ’ἐκεῖνον πάλιν ὑμνεῖν λέγοντα, διότι τὰ ἴχνη τῆς γῆς ἐφ’ ἧς ἁρματηλατεῖ χρυσὸν καὶ εὐεργεσίας ἀνθρώποις φέρει. » Didot-Müller, Fragmenta historicorum græcorum, t. III, p. 261. Athénée, édition Teubner-Meineke, l. IV, ch. 37, t. I, p. 273-274.
  3. « Μουσικός τε ἀνὴρ εἵπετο, βαρβάρῳ μουσικῇ τὸν βασιλέα Βιτοῖτον, εἶτ’ ᾿Αλλόβριγας, εἶτα τὸν πρεσβευτὴν αὐτὸν, ἔς τε γένος καὶ ἀνδρείαν καὶ περιουσίαν ὑμνῶν. » Appien, l. IV, De rebus gallicis, ch. 12, édit. Didot, p. 28. Bituitos par un i à la première syllabe est préférable à Betuitus, par un e, orthographe adoptée par M. Mommsen, Römische Geschichte, 6e édit., t. II, p. 162 ; sous l’influence des Acta triumphorum, Corpus inscriptionum latinarum, t. I, p. 460. On trouve cet i dans Strabon, l. IV, ch. ii, § 3, éd. Didot-Müller et Dübner, p. 159, et chez Florus, l. III, ch. ii, ou l. I, ch. xxxvii, éd. Teubner-Halm, p. 50, comme chez Appien, dans le passage cité ; et c’est un i qu’exige la grammaire celtique. Voir l’étude sur le mot irlandais bith qui se trouve chez Zeuss, Grammatica celtica, pp. 866, cf. pp. 12, 238, 239.