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terreur des Romains, elle a succombé faute non de courage, mais de discipline et d’unité ; et, dans l’héroïsme impuissant de sa lutte désespérée contre le génie militaire de César, elle a montré plus de grandeur que sa puissance n’avait eu d’éclat aux jours si brillants de la prospérité. Vercingétorix, vaincu et mourant victime de son patriotique dévouement, inspire plus de sympathie que s’il eût été vainqueur ; il tient, dans la pensée française, plus de place que Brennus debout sur les ruines fumantes de Rome et menaçant dans leur dernier asile les fuyards de l’Allia. Brennus triomphant nous laisse froids. Nous nous intéressons a Vercingétorix presque comme à un Français et comme s’il eût été notre contemporain. Nous sommes émus en pensant au malheur de ce noble héros, qui, livré comme Jeanne d’Arc au dernier supplice par les ennemis de son pays, n’eut pas, comme elle, au moment fatal, la consolation suprême de sentir accomplie sa mission libératrice.

Rome nous a conquis définitivement ; elle nous a imposé même sa langue, c’est-à-dire, pour tous les instants de notre existence, la forme de la pensée ; et la magie de la puissance romaine a jeté sur notre esprit ce joug tyrannique avec un succès si étrange que, depuis quinze siècles au moins, nous le portons sans en sentir le poids : ce qui avait été le signe de la servitude est devenu un élément de notre nature même.

Cependant nous ne pouvons lire les guerres des