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avant l’année 392 de notre ère[1]. Saint Jérôme parle de son adversaire dans un commentaire sur Jérémie, écrit postérieurement à l’année 392. Il dit que son critique est « un grand sot, alourdi par les potages des Irlandais[2]. » Plus loin, il traite de chien d’Albion le breton Pelage, maître de l’hérétique contre lequel il se défend. « Ce chien est grand, gros, édenté, et il ne pourrait nuire qu’en donnant des coups de pieds ; il a un fils de race irlandaise[3]. »

Cette réplique passionnée a été écrite avant l’année 420 où saint Jérôme mourut. Il est donc certain qu’il y a eu des Irlandais chrétiens avant l’apostolat de saint Patrice[4] ; et celui de ces chrétiens qui

  1. Teuffel, Geschichte der römischen Literatur, 3e édit., p. 1022.
  2. « Stolidissimus et pultibus Scotorum prægravatus. » Prologue au premier livre des commentaires sur Jérémie. Migne, Patrologia latina, t. 24, col. 682 A.
  3. « Albinum canem, grandem et corpulentum et qui calcibus magis possit sævire quam dentibus ; habet enim progeniem scoticæ gentis de Britannorum vicinia. » Prologue au troisième livre des commentaires sur Jérémie. Migne, Patrologia latina, t. 24, col. 758 B.
  4. Nous ne voyons pas sur quoi O’Donovan se fonde pour prétendre que le pélagien Cælestius, auquel Gennadius de Marseille a consacré le chapitre xliv de son livre De scriptoribus ecclesiasticis ou De viris illustribus (Migne, Patrologia latina, t. 58, col. 1083–84) est identique au pélagien irlandais dont parle saint Jérôme. (Annals of the kingdom of Ireland by the Four Masters, 1851, t. I, p. li). On ne peut compter comme une autorité sérieuse le passage qui concerne Cælestius dans le Supplément de Tigernach fabriqué par O’Conor, Rerum hibernicarum scriptores, t. II, p. 86. Cælestius n’est qualifié d’Irlandais ni dans les actes du concile de Carthage qui le condamnent, Migne, Patrologia latina, t. 20, col. 565, ni dans les lettres du pape Zozime aux évêques d’Afrique, ibid., col. 649 et suivantes.