Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/81

Cette page a été validée par deux contributeurs.


premier, peut-être, à qui il ait été donné de faire l’inverse. Cela se passait le 1er ou le 2 juin 1808.

Le gouverneur de Belver était un personnage très-extraordinaire. S’il vit encore, il pourra me demander un certificat de priorité sur les hydropathes modernes : le capitaine grenadin soutenait que l’eau pure, administrée convenablement, était un moyen de traiter toutes les maladies, même les amputations. En écoutant ses théories très-patiemment et sans jamais l’interrompre, je conquis ses bonnes grâces. Ce fut sur sa demande, et dans l’intérêt de notre sûreté qu’une garnison suisse remplaça la troupe espagnole qui jusque-là avait été employée à la garde de Belver. Ce fut aussi par lui que j’appris un jour qu’un moine avait proposé aux soldats qui allaient chercher ma nourriture en ville, de verser du poison dans l’un des plats.

Tous mes anciens amis de Mayorque m’avaient abandonné au moment de ma détention. J’avais eu avec don Manuel de Vacaro une correspondance très-acerbe pour obtenir la restitution du sauf-conduit que l’amirauté anglaise nous avait délivré. M. Rodriguez seul osait venir me visiter en plein jour, et m’apporter toutes les consolations qui étaient en son pouvoir.


XXI.


L’excellent M. Rodriguez, pour tromper les ennuis de mon incarcération, me remettait de temps en temps les journaux qui se publiaient alors sur divers points de la Péninsule. Il me les envoyait souvent sans les lire. Une