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Paix. Tous les soirs, je voyais traîner en triomphe, sur la place de Palma, capitale de l’île Mayorque, tantôt les voitures en flammes du ministre Soller, tantôt les voitures de l’évêque, et même celles de simples particuliers soupçonnés d’être attachés à la fortune du favori Godoï. J’étais loin de soupçonner alors que mon tour allait bientôt arriver.

Ma station mayorquine, le Clop de Galazo, montagne très-élevée, était située précisément au-dessus du port où débarqua don Jayme el Conquistador lorsqu’il alla enlever les îles Baléares aux Maures. Le bruit se répandit dans la population que je m’étais établi là pour favoriser l’arrivée de l’armée française, et que tous les soirs je lui faisais des signaux. Ces bruits toutefois ne devinrent menaçants pour moi qu’au moment de l’arrivée à Palma, le 27 mai 1808, d’un officier d’ordonnance de Napoléon. Cet officier était M. Berthemie ; il portait à l’escadre espagnole, à Mahon, l’ordre de se rendre en toute hâte à Toulon. Un soulèvement général, qui mit la vie de cet officier en danger, suivit la nouvelle de sa mission. Le capitaine-général Vivès ne parvint même à lui sauver la vie qu’en le faisant enfermer dans le château fort de Belver. On se souvint alors du Français établi au Clop de Galazo, et l’on forma une expédition populaire pour aller s’en saisir.

M. Damian patron du mistic que le gouvernement espagnol avait mis à ma disposition, prit les devants et m’apporta un costume à l’aide duquel je me déguisai. En me dirigeant vers Palma, en compagnie du brave marin, nous rencontrâmes l’attroupement qui allait à ma re-