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la République, et qui, membres intimes de la société, vivent, prospèrent, souffrent et languissent avec elle. »

Le prince Henri de Prusse assistait à la séance de l’Académie de Dijon dans laquelle l’éloge de Vauban fut lu et couronné. Il exprima, dans les termes les moins équivoques, tout le plaisir que ce discours lui avait fait ; il assura l’auteur, verbalement et par écrit, de sa profonde estime. Piqué d’émulation, le prince de Condé, qui présidait l’assemblée comme gouverneur de la Bourgogne, enchérit encore sur les marques de bienveillance que le jeune officier du génie recevait du frère de Frédéric le Grand.

Carnot avait-il donc encensé les préjugés nobiliaires ? Ses principes de 1784 étaient-ils tellement différents de ceux qui depuis ont dirigé toutes ses actions, que le suffrage des grands ne pût pas lui manquer ? Écoutez, Messieurs, et prononcez !

La Dîme royale, cet écrit qui, sous Louis XIV, amena l’entière disgrâce de Vauban, dont Fontenelle eut la prudence de ne pas même citer le titre dans l’émunération des travaux de l’illustre maréchal, Carnot l’appelait un exposé simple et pathétique des faits ; un ouvrage où « tout frappe par la précision et la vérité ». La répartition des impôts, en France, paraît barbare au jeune officier ; la manière de les percevoir plus barbare encore. D’après lui, le véritable objet d’un gouvernement est d’obliger au travail tous les individus de l’État ; le moyen qu’il indique pour arriver à ce résultat serait (je cite textuellement) de faire passer les richesses, des mains où elles sont superflues, dans celles où elles sont nécessaires. Carnot