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considéré, Mackintosh déclare, sans hésiter, « qu’aucun personnage n’a eu de droits plus évidents que Watt aux hommages de son pays, à la vénération, au respect des générations futures. »

Voici des évaluations numériques, des chiffres, plus éloquents encore, ce me semble, que les divers passages dont je viens de donner lecture :

Boulton fils annonce qu’à la date de 1819, la seule manufacture de Soho avait déjà fabriqué des machines de Watt dont le travail habituel aurait exigé cent mille chevaux : que l’économie résultant de la substitution de ces machines à la force des animaux montait annuellement à 75 millions de francs. Pour l’Angleterre et l’Écosse, à la même date, le nombre des machines dépassait dix mille. Elles faisaient le travail de cinq cents mille chevaux ou de trois ou quatre millions d’hommes, avec une économie annuelle de 3 ou 4 cents millions de francs. Ces résultats aujourd’hui devraient être plus que doublés.

Voilà, en abrégé, ce que pensaient, ce que disaient de Watt les ministres, les hommes d’État, les savants, les industriels les plus capables de l’apprécier. Messieurs, ce créateur de six à huit millions de travailleurs, de travailleurs infatigables et assidus, parmi lesquels l’autorité n’aura jamais à réprimer ni coalition, ni émeute, de travailleurs à 5 centimes la journée ; cet homme qui, par de brillantes inventions, donna à l’Angleterre les moyens de soutenir une lutte acharnée pendant laquelle sa nationalité même fut mise en question, ce nouvel Archimède, ce bienfaiteur de l’humanité tout entière,