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prête : en voyant un homard sur sa table, quelques jours auparavant, il avait cherché et trouvé comment la mécanique pourrait, avec du fer, engendrer une pièce à articulations qui aurait toute la mobilité de la queue du crustacé ; c’est donc un tuyau de conduite articulé, susceptible de se plier de lui-même à toutes les inflexions présentes et futures du lit de la rivière qu’il proposa ; c’est une queue de homard en fer, de soixante centimètres de diamètre et de plus de trois cents mètres de longueur, que, d’après les plans et les dessins de Watt, la compagnie de Glasgow fit exécuter avec un succès complet.

Ceux qui eurent le bonheur de connaître personnellement notre confrère, n’hésitent pas à déclarer que chez lui les qualités du cœur étaient encore au-dessus des mérites du savant. Une candeur enfantine, la plus grande simplicité de manières, l’amour de la justice poussé jusqu’au scrupule, une inépuisable bienveillance, voilà ce qui a laissé en Écosse, en Angleterre, des souvenirs ineffaçables. Watt, d’habitude si modéré, si doux, se crispait quand devant lui une invention n’était pas attribuée à son véritable auteur ; lorsque, surtout, quelque bas adulateur voulait l’enrichir lui-même aux dépens d’autrui. À ses yeux, les découvertes scientifiques étaient le premier des biens. Des heures entières de discussion ne lui semblaient pas de trop, s’il fallait faire rendre justice à des inventeurs modestes dépossédés par des plagiaires, ou seulement oubliés d’un public ingrat.

La mémoire de Watt pouvait être citée comme prodigieuse, même à côté de tout ce qu’on a raconté de cette faculté chez quelques hommes privilégiés. L’étendue