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Watt n’aurait produit, pendant sa longue carrière, que la machine à condenseur séparé, la machine à détente et le parallélogramme articulé, qu’il occuperait encore une des premières places parmi le petit nombre d’hommes dont la vie fait époque dans les annales du monde ; mais son nom me semble se rattacher aussi avec éclat à la plus grande, à la plus féconde découverte de la chimie moderne : à la découverte de la composition de l’eau. Mon assertion pourra paraître téméraire, car les nombreux ouvrages où ce point capital de l’histoire des sciences est traité ex professo, ont oublié Watt. J’espère, cependant, que vous voudrez bien suivre ma discussion sans prévention ; que vous ne vous laisserez pas détourner de tout examen, par des autorités d’ailleurs moins nombreuses qu’on ne le suppose ; que vous ne refuserez point de remarquer combien peu d’auteurs remontent aujourd’hui aux sources originales, combien ils trouvent pénible de secouer la poussière des bibliothèques, combien il leur semble commode, au contraire, de vivre sur l’érudition d’autrui, de réduire la composition d’un livre à un simple travail de rédaction. Le mandat que je tenais de votre confiance m’a semblé plus sérieux : j’ai compulsé de nombreux mémoires imprimés, toutes les pièces d’une volumineuse correspondance authentique encore manuscrite, et si je viens, après cinquante ans, réclamer en faveur de James Watt un honneur trop légèrement accordé à un de ses plus illustres compatriotes, c’est qu’il m’a semblé utile de montrer qu’au sein des académies la vérité se fait jour tôt ou tard, et qu’en matière de découvertes il n’y a jamais prescription.