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Une fois, ces goûts guerroyants faillirent me coûter cher. C’était la nuit de la bataille de Pelres-Tortes. Les troupes espagnoles, en déroute, se trompèrent en partie de chemin. J’étais sur la place du village, avant que le jour se levât ; je vis arriver un brigadier et cinq cavaliers qui, à la vue de l’arbre de la liberté, s’écrièrent : Somos perdidos ! Je courus aussitôt à la maison m’armer d’une lance qu’y avait laissée un soldat de la levée en masse, et, m’embusquant au coin d’une rue, je frappai d’un coup de cette arme le brigadier placé en tête du peloton. La blessure n’était pas dangereuse ; un coup de sabre allait cependant punir ma hardiesse, lorsque des paysans, venus à mon aide et armés de fourches, renversèrent les cinq cavaliers de leurs montures et les firent prisonniers. J’avais alors sept ans.


IV.


Mon père étant allé résider à Perpignan, comme trésorier de la monnaie, toute la famille quitta Estagel pour l’y suivre. Je fus alors placé comme externe au collège communal de la ville, où je m’occupai presque exclusivement d’études littéraires. Nos auteurs classiques étaient devenus l’objet de mes lectures de prédilection. Mais la direction de mes idées changea tout à coup, par une circonstance singulière que je vais rapporter.

En me promenant un jour sur le rempart de la ville, je vis un officier du génie qui y faisait exécuter des réparations. Cet officier, M. Cressac, était très-jeune ; j’eus la hardiesse de m’en approcher et de lui demander com-