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des ministres, et le président du Sénat, n’en cherchez l’explication que dans l’élan donné par l’École normale.

Voyez dans les anciens grands colléges les professeurs, cachés en quelque sorte derrière leurs cahiers, lisant en chaire, au milieu de l’indifférence et de l’inattention des élèves, des discours laborieusement préparés, et qui, tous les ans, reparaissaient les mêmes. Rien de pareil n’existait à l’École normale : les leçons orales y furent seules permises. L’autorité alla même jusqu’à exiger des savants illustres, chargés de l’enseignement, la promesse formelle de ne jamais réciter des leçons qu’ils auraient apprises par cœur. Depuis cette époque, la chaire est devenue une tribune d’où le professeur, identifié pour ainsi dire avec ses auditeurs, voit dans leurs regards, dans leurs gestes, dans leur contenance, tantôt le besoin de se hâter, tantôt au contraire la nécessité de revenir sur ses pas, de réveiller l’attention par quelque observation incidente, de revêtir d’une forme nouvelle la pensée qui, dans son premier jet, avait laissé les esprits en suspens. Et n’allez pas croire que les belles improvisations dont retentissait l’amphithéâtre de l’École normale restassent inconnues du public. Des sténographes, soldés par l’État, les recueillaient. Leurs feuilles, après la révision des professeurs étaient envoyées aux quinze cents élèves, aux membres de la Convention, aux consuls et aux agents de la République dans les pays étrangers, à tous les administrateurs des districts. À côté des habitudes parcimonieuses et mesquines de notre temps, c’était certainement de la prodigalité. Personne toutefois ne se rendrait l’écho de ce reproche, quelque léger qu’il pa-