Page:Arago - Œuvres complètes de François Arago, secrétaire perpétuel de l’académie des sciences, tome 1.djvu/180

Cette page a été validée par deux contributeurs.


devient extraordinaire dans l’autre, et réciproquement.

Qu’y a-t-il de différent, en réalité, entre deux expériences qui donnent des résultats aussi dissemblables ? une circonstance fort simple et de bien peu d’importance au premier aspect ; c’est que d’abord la section principale du second cristal coupait les rayons provenant du premier par leurs côtés nord et sud, et qu’ensuite elle les a coupés dans les côtés est et ouest.

Il faut donc que, dans chacun de ces rayons, les côtés nord et sud diffèrent en quelque chose des côtés est et ouest ; de plus, les côtés nord-sud du rayon ordinaire doivent avoir précisément les mêmes propriétés des côtés est-ouest du rayon extraordinaire ; en sorte que si ce dernier rayon faisait un quart de tour sur lui-même, il serait impossible de le distinguer de l’autre. Les rayons lumineux sont si déliés, que des centaines de milliards de ces rayons peuvent passer simultanément par un trou d’aiguille sans se nuire. Nous voilà cependant amenés à nous occuper de leurs côtés, à reconnaître à ces côtés les propriétés les plus dissemblables.

Lorsqu’en parlant d’un gros aimant naturel ou artificiel, les physiciens affirment qu’il a des pôles, ils entendent seulement, par là, que certains points de son contour se trouvent doués de propriétés particulières qu’on ne rencontre pas du tout dans les autres points, ou qui du moins s’y manifestent plus faiblement. On a donc pu, avec autant de raison, dire la même chose des rayons lumineux ordinaires et extraordinaires provenant du dédoublement qu’éprouve la lumière dans le cristal d’Islande ; on a pu, par opposition avec les rayons naturels,