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page d’un bâtiment, dont il donna le commandement à un lieutenant de Babastro, célèbre corsaire de la Méditerranée.

On voyait, parmi ces marins improvisés, un hussard, un dragon, deux vétérans, un sapeur avec sa longue barbe, etc., etc. Le bâtiment, sorti de nuit de Barcelone, échappa à la croisière anglaise, et se rendit à l’entrée du port de Mahon. Une lettre de marque anglaise sortait du port ; la garnison du bâtiment français sauta à l’abordage, et il s’engagea sur le pont un combat acharné dans lequel les Français eurent le dessus. C’était cette lettre de marque qui arrivait à Alger.

Investi des pleins pouvoirs de M. Dubois-Thainville, j’annonçai aux prisonniers qu’ils allaient être immédiatement rendus à leur consul. Je respectai même la ruse du capitaine qui, blessé de plusieurs coups de sabre, s’était fait envelopper la tête de son principal pavillon. Je rassurai sa femme ; mais tous mes soins se portèrent particulièrement sur un passager que je voyais amputé d’un bras.

« Où est le chirurgien, lui dis-je, qui vous a opéré ?

— Ce n’est pas notre chirurgien, me dit-il ; il a fui lâchement avec une partie de l’équipage, et s’est sauvé à terre.

— Qui donc vous a coupé le bras ?

— C’est le hussard que vous voyez ici.

— Malheureux ! m’écriai-je, qui a pu vous porter, vous dont ce n’est pas le métier, à faire cette opération ?

— La demande pressante du blessé. Son bras avait acquis déjà un énorme volume ; il voulait qu’on le lui cou-