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cette fille. Je vous conseille donc d’égorger demain cet animal, de vuider toutes ses entrailles, et que cette fille qu’il a préféré à nous, soit enfermée toute nue dans son ventre ; de manière qu’elle n’ait que la tête dehors, et que le reste de son corps soit caché dans celui de l’âne, qu’on aura recousu ; et de les exposer l’un et l’autre, en cet état, sur un rocher à l’ardeur du soleil. Ils seront ainsi punis tous deux, de la manière que vous l’avez résolu, avec beaucoup de justice. L’âne souffrira la mort qu’il a mérité depuis long-temps, et la fille sera la pâture des bêtes, puisque les vers la mangeront. Elle souffrira le supplice du feu, quand les rayons brûlans du soleil auront échauffé le corps de l’âne ; elle éprouvera les tourmens de ceux qu’on laisse mourir attachés au gibet, quand les chiens et les vautours viendront dévorer ses entrailles. Imaginez-vous encore tous les autres supplices où elle sera livrée ; elle sera enfermée vivante dans le ventre d’une bête morte ; elle sentira continuellement une puanteur insupportable ; la faim l’accablera d’une langueur mortelle, et n’ayant pas la liberté de ses mains, elle ne pourra se procurer la mort. Après que ce voleur eut cessé de parler, tous les autres approuvèrent son avis ; ce qu’ayant entendu de mes longues oreilles, que pouvois-je faire autre chose que de déplorer ma triste destinée, mon corps ne devant plus être le lendemain qu’un cadavre.


Fin du sixieme Livre, et du Tome premier.