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Page:Apollinaire - L’Enchanteur pourrissant, 1909.djvu/71

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L’ENCHANTEUR

Hâte-toi ! Je savais tout ce qui me ressemble.

SIMON LE MAGICIEN

Connais-tu les ailes ?

L’ENCHANTEUR

Il y a peu de jours, les êtres ailés sont morts les premiers dans la forêt.

SIMON LE MAGICIEN

À cause de leurs ailes ?

L’ENCHANTEUR

Peut-être.

SIMON LE MAGICIEN

À quoi te sert-il d’être mort si tu ne peux rien répondre de précis ? Je te ferai un beau présent, mais dis-moi la vérité puisque tu savais tout.

L’ENCHANTEUR

Tout ce qui me ressemble. As-tu l’intention de m’offrir du pain ?

SIMON LE MAGICIEN

Du pain ! Mais de quel pain as-tu envie ? De pain sans levain ?

L’ENCHANTEUR

De pain pétri, de bon pain ! Veux-tu m’en donner ?

SIMON LE MAGICIEN

Demande-moi plutôt un miracle.

L’ENCHANTEUR

Tes miracles sont inutiles.

SIMON LE MAGICIEN

Les ailes seraient-elles inutiles ?

EMPÉDOCLE

Parle du suicide, toi qui es vivant dans ta tombe.

L’ENCHANTEUR

Quand le fruit est mûr, il se détache et n’attend pas que le jardinier vienne le cueillir. Qu’ainsi fasse l’homme, le fruit qui mûrit librement sur l’arbre de la lumière. Mais, vous qui ne mourûtes pas, qui êtes six dans la forêt, comme les doigts de la main, et un poignard dans la main, que ne vous serrez-vous, que ne vous repliez-vous ? Ô doigts qui pourriez fouiller ; ô poing qui pourrait poignarder ; ô main qui pourrait battre, qui pourrait

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