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ALCOOLS

Je sais que seuls le renouvellent ceux qui sont fondés en poésie

On a pavoisé Paris parce que mon ami André Salmon s’y marie


Nous nous sommes rencontrés dans un caveau maudit
Au temps de notre jeunesse
Fumant tous deux et mal vêtus attendant l’aube

Épris épris des mêmes paroles dont il faudra changer le sens

Trompés trompés pauvres petits et ne sachant pas encore rire

La table et les deux verres devinrent un mourant qui nous jeta le dernier regard d’Orphée

Les verres tombèrent se brisèrent
Et nous apprîmes à rire
Nous partîmes alors pèlerins de la perdition

À travers les rues à travers les contrées à travers la raison

Je le revis au bord du fleuve sur lequel flottait Ophélie
Qui blanche flotte encore les nénuphars
Il s’en allait au milieu des Hamlets blafards
Sur la flûte jouant les airs de la folie

Je le revis près d’un moujik mourant compter les béatitudes

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