Page:Apollinaire - Alcools.djvu/149

Cette page a été validée par deux contributeurs.

ALCOOLS


Elle était décolletée en rond
Et coiffée à la Récamier
Avec de beaux bras nus


N’entendra-t-on jamais sonner minuit


La dame en robe d’ottoman violine
Et en tunique brodée d’or
Décolletée en rond
Promenait ses boucles
Son bandeau d’or
Et traînait ses petits souliers à boucles


Elle était si belle
Que tu n’aurais pas osé l’aimer


J’aimais les femmes atroces dans les quartiers énormes
Où naissaient chaque jour quelques êtres nouveaux
Le fer était leur sang la flamme leur cerveau


J’aimais j’aimais le peuple habile des machines
Le luxe et la beauté ne sont que son écume
Cette femme était si belle
Qu’elle me faisait peur

149