Ouvrir le menu principal

Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/92

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
13


Alors de tout le sang qui fait battre mes veines
Sortit une terrible, une étrange clameur :
« Le sommeil ! » disait-elle, « est-ce assez pour nos peines ?
» Il faudrait être trois pour te servir, rimeur.
» Je te ferai rêver ! — Merci ! » dit la rumeur…


Monaco, janvier 1887.

AU RHIN FRANÇAIS
SONNET

À M. A. DE SAINTE-FARE

Fleuve ! je vais donc voir ton eau triste et profonde
Et mon cœur, qui n’est pas le cœur d’un riverain,
Ne veut plus te chanter mais te maudire, ô Rhin,
En violant ta robe, en crachant dans ton onde.

Ah ! que n’ai-je à ma lyre une corde d’airain !
J’irais crier au ciel, j’irais crier au monde
La haine que je sens en mon âme et qui gronde,
Pensant que mon pays n’est plus ton suzerain.

Or, tandis que mon cœur chantait le fier courage
Des Français immolés, tout bondissant de rage
M’apparut le grand fleuve et, rêveur, je me tus.

Car son onde était rouge et, toute frémissante
Sous le soleil sanglant m’a dit, retentissante :
« Ô poète ! à genoux, je pleure les vaincus ! »


Mayence-Rhin, août 1886