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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/91

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« Que la barque s’engloutisse, mais qu’au moins

elle laisse derrière elle un sillage ! »

(Pensées d’une Solitaire.Mme L. Ackerman.)

Je veux être quelqu’un, je veux être un poète,
Et s’il faut de mon sang que je marque mes pas,
Je m’ouvrirai moi-même et le cœur et la tête :
Mourir sans laisser d’œuvre est un double trépas.

Car si le corps pourrit, l’âme est une immortelle,
Le corps est l’instrument qu’elle jette au rebut
Et souvent il fléchit et sa souffrance est telle
Qu’on le voit succomber en arrivant au but.

Qu’importe ! si la voix a pu se faire entendre ;
Qu’importe ! si le pied a gravi le sommet !
Mourir n’est pas mourir, car vivre c’est attendre
Le lever du soleil qui ne s’éteint jamais.

Ô corps ! relève-toi pour travailler encore,
J’ai dans le corps, vois-tu, des milliers de sanglots ;
Quand tu seras muet, chanteras-tu l’aurore ?
Et quand tu seras sourd, entendras-tu les flots ?

Travaille donc, forçat ! mon seul esclave en somme.
Le travail ennoblit la brute qui le fait.
Tu dormiras après un tranquille et long somme :
Le sommeil éternel viendra comme un bienfait.