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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/88

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L’HOMME

Le poète mourait. Son angoisse était telle
Que des larmes coulaient de ses yeux lentement,
Car son cœur voulait vivre ! Il mourait en aimant.
Sa maîtresse, entendant venir l’heure éternelle,
Lui dit : « Sur ton beau front que veux-tu, cher amant ?
— « Femme, répondit-il, que ta main doucement
« Cueille pour l’ombrager une fleur d’immortelle ! »


19 juin 1886.

POUR UN FRANÇAIS

Vraiment vous êtes fort ; l’armure de nos preux
Sans vous faire plier sur vous pourrait s’étendre ;
Mais si vous êtes fort, votre regard est tendre
Et comme le lion vous êtes généreux.

Ô Franc aux cheveux blonds, pensez à vos ancêtres,
À ces joyeux Gaulois dont le sang valeureux
Fait battre votre cœur ; songez aux malheureux
Qui, morts pour le pays, dorment sous les grands hêtres.

Alors vous garderez un peu de votre cœur
Pour tous ces fiers martyrs ignorés de l’histoire
Et Dieu, voyant cela, par un jour de victoire,
Appellera vers lui votre âme de vainqueur !


Marienbad, 28 juillet 1886.