Ouvrir le menu principal

Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/86

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
7

À LA MER

À S. A. LA PRINCESSE JEANNE BONAPARTE,

MARQUISE DE VILLENEUVE.


Ô divine chanteuse, ô Méditerranée,
J’ai passé sur ta rive une bien douce année,
Respirant de tes bords les divines senteurs
Et des beaux orangers les parfums tentateurs.
J’effeuillai les douceurs du divin hyménée
Au bruit de tes flots bleus, de ta voix fortunée !

Ta robe est quelquefois céleste de douceur,
Ô toi de l’Océan la merveilleuse sœur.
Mais je veux te chanter jusques en ta furie,
Car je t’adore, ô mer, en ta sauvagerie.
Oui, j’aime de ton flot la terrible noirceur
Qui soulève en mon âme un désir obsesseur.

Ô mer ! les alcyons volant dans la tempête
Me semblent bien heureux ! Oui, je te le répète,
Ils sont heureux vraiment, car ils peuvent voler
Au milieu de tes flots, puis au loin s’en aller
Sur d’autres joyeux bords ; tandis que ton poète
Entendant tes sanglots pleure et baisse la tête.

Dis-moi, pourquoi ces cris, ces appels furieux ?
Pourquoi, te redressant en flots impérieux,
Sors-tu de ton beau lit fait de corail et d’algues ?
Et pourquoi cette écume au milieu de tes vagues ?
Ah ! calme de mon cœur le désir curieux,
Mer, pourquoi ces rumeurs aux sons mystérieux ?