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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/56

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Seuls, des marchands de cierges ou des mendiants, plus hideux encore que ceux de la grand’route, adossés au pied des contreforts du temple, geignant à présent dans un tutti discordant, parviennent à tirer ces pèlerins de leur extase religieuse. Aux uns ils achètent le luminaire votif, aux autres ils accordent l’aumône en échange d’une prière, d’une de ces intercessions de gueux, agréables au Ciel.

Par intervalles, en passant devant les portes de l’église, larges ouvertes, et lorsque le tapage de la kermesse décroît momentanément, on entend les mugissements solennels de l’orgue, les voix des prêtres psalmodiant et des bouffées d’encens mêlent leur essence mystique aux gros parfums de la foire.

À l’intérieur du temple, sous le resplendissement des cierges, dans ce jour d’arc-en-ciel que prêtent aux rayons blancs et crus les facettes des verrières, tandis qu’une partie des fidèles reste opiniâtrement agenouillée ou prosternée devant les pieuses images, ceux qui entrent continuent et terminent la procession commencée au dehors. À la chapelle de droite, dont le retable est décoré d’un tableau de Crayer représentant le patron du sanctuaire, un prêtre bénit le défilé des passants. En face, un fabricien tient les comptes de la trésorerie et inscrit les amateurs dans la confrérie de Saint-Corneille contre le versement annuel d’un denier dérisoire. Seulement ce denier, multiplié des milliers de fois, assure à la fabrique un revenu de millionnaire. Au