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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/18

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LES CONTES DU ROUET




LE MAUVAIS CONVIVE

Il régnait une grande inquiétude à la cour et dans tout le royaume parce que le fils du roi, depuis quatre jours, n’avait pris aucune nourriture. S’il avait eu la fièvre ou quelque autre maladie, on n’eût pas été surpris de ce jeûne prolongé ; mais les médecins s’accordaient à dire que le prince, n’eût été la grande faiblesse que lui causait son abstinence, se serait porté aussi bien que possible. Pourquoi donc se privait-il ainsi ? Il n’était pas question d’autre chose parmi les courtisans, et même parmi les gens du commun ; au lieu de se souhaiter le bonjour, on s’abordait en disant : « A-t-il mangé, ce matin ? » Et personne n’était aussi anxieux que le roi lui-même. Ce n’était pas qu’il eût une grande affection pour son fils ; ce jeune homme lui donnait toutes sortes de mécontentements ; bien qu’il eût seize ans déjà, il montrait la plus grande aversion pour la politique et pour le métier des armes ; lorsqu’il assistait au conseil des ministres, il bâillait pendant les plus beaux discours d’une façon très malséante, et une fois, chargé d’aller, à la tête d’une petite armée, châtier un gros de rebelles, il était revenu avant le soir, son épée enguirlandée de volubilis et ses soldats les