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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/143

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VII


Il était temps, d’ailleurs.

J’entendais, dans le lointain, le grondement sonore de la chute d’eau. La rivière s’élargissait notablement et le courant devenait plus rapide.

Je sondais du regard les éclaircies de la forêt, m’attendant d’un moment à l’autre, à voir paraître les gens du moulin.

Soudain, un objet mouvant attira mon attention en aval du courant. Puis se dessina une forme humaine manœuvrant une barque. Un rayon de soleil l’éclaira vivement, et un reflet rouge frappa mon regard : la capeline de Jeanne.

C’était elle, la chère enfant, qui venait seule à mon secours. Elle conduisait sa barque, beaucoup mieux que je n’aurais pu le faire moi-même, à l’aide d’une longue perche qu’elle appuyait contre le fond de la Reliane. J’admirais sa taille souple, ronde et cambrée, sa jambe fine arc-boutée contre le bord du bateau, ses petites mains blanches crispée : autour de la perche.

Elle arriva bientôt tout près de moi, et s’arrêta, haletante, les yeux brillants, le visage rouge, les cheveux en désordre, belle comme un ange.

— Jetez-moi la corde ! dit-elle moitié souriante, moitié fâchée.