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Page:Anthologie contemporaine, Première série, 1887.djvu/135

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À science, science et demie. Ovide est un maître expert en ces matières, et j’étais — je suis toujours — un de ses plus ardents disciples. Nul n’a mieux exposé les principes de la stratégie amoureuse, de l’attaque et de la défense des places… faibles. « Toutes sont faibles ! dit-il. Si elles font mine de résister, temporisez, comme le prudent Fabius. Guettez une occasion, et tôt ou tard, le hasard et l’amour vous feront arriver à vos fins. »

Je temporisais donc et je guettais.


II


C’était par une splendide fin d’été.

Les matinées étaient délicieuses.

Dès l’aube, je me mettais en campagne. Je prenais plaisir à voir les objets se dessiner et se colorer peu à peu à travers la lumière diffuse.

La rosée bleuissait la surface des prairies. Pour les éviter, je faisais un détour, et gagnais le bord de la Reliane en descendant le long de pentes boisées.

Sous le couvert, régnaient une fraîcheur humide, pénétrante, un silence profond, un faux-jour mêlé d’ombre. Déjà quelques feuilles jaunies jonchaient le sol, où mes pas éveillaient d’étranges sonorités.

Au premier rayon de soleil, tout se transfigurait. La