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bétail ; ce qui étoit capable des les faire mourir de faim, si les espagnols ne les recouroient.

Ces derniers étant de retour au logis, & se trouvant à table avec les scélérats, prirent la liberté de les censurer, quoique d’une manière douce & honnête. L’un d’eux leur demanda comment ils pouvoient être si cruels & si inhumains à l’égard de leurs pauvres compatriotes, qui ne les avoient jamais offensés, & qui ne songeoient qu’à trouver, de quoi subsister ; quelle raison ils pouvoient avoit pour leur en ôter les moyens qui leur avoient coûté des travaux si fatigans ?

Un des anglois répliqua brusquement que ces gens n’avoient rien à faire dans l’île, qu’ils y étoient venus sans permission, que la terre ne leur appartenoit pas, & qu’il ne souffriroit absolument pas qu’ils y bâtissent, ni qu’ils y fissent des plantations. Mais, seigneur anglois, dit l’espagnol d’un ton fort modéré, ils ne doivent pas mourir de faim. « Qu’ils meurent de faim, & qu’ils aillent à tous les diables, répondit l’anglois, comme un vrai barbare. Ils ne bâtiront ni ne planteront point ici. » Que voulez-vous donc qu’ils fassent, seigneur anglois, répliqua cet honnête homme ? « Ce que je veux qu’ils fassent, dit l’autre animal féroce, qu’ils soient nos esclaves, & qu’ils travaillent pour nous ».