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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/83

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Ainsi les deux malheureux furent forcés de faire bande à part ; & voyant qu’il n’y avoit que l’industrie & l’application qui fussent capables de les faire subsister à leur aise, ils établirent leur demeure dans la partie septentrionale de l’île, mais un peu du côté de l’ouest, de peur des sauvages, qui d’ordinaire débarquoient dans l’île du côté de l’est.

C’est là qu’ils construisirent deux cabanes ; l’une pour eux, & l’autre pour leur magasin, & les espagnols leur ayant donné du bled pour semer, & une partie des pots que je leur avois laissés, ils se mirent à creuser, à planter, & à faire des enclos, d’après le modèle que je leur avois prescrit ; & dans peu de tems ils se trouvèrent dans une condition assez supportable. Quoiqu’ils n’eussent d’abord ensemencé qu’une très-petite portion de terre, ils eurent assez de bled pour avoir du pain ; & comme un des deux avoit été second cuisinier dans le vaisseau, il étoit fort habile à faire des soupes, des puddings, & d’autres mets, autant que leur riz, leur lait & leur viande pouvoient y fournir.

Ils étoient dans cette situation, quand les trois coquins, dont j’ai parlé, les virent insulter, uniquement pour se divertir. Ils leur dirent que c’étoit à eux que l’île appartenoit, & que le gouverneur leur en avoit donné la possession ; que personne n’y avoit le moindre droit qu’eux, & qu’ils ne