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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/68

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je me fis mettre à terre. C’étoit de prêtre françois dont j’ai déjà fait mention plusieurs fois. Je lui avois fait un récit exact de la manière dont j’avois vécu dans cette île, sans oublier aucune particularité, tant par rapport à moi, qu’à l’égard de ceux que j’y avois laissés, & cette histoire lui avoit donné une fort grande envie de m’accompagner. J’avois de plus seize hommes bien armés dans ma chaloupe, de peur de rencontrer quelques nouveaux hôtes qui ne fussent pas de mes sujets ; mais heureusement cette précaution se trouva peu nécessaire.

Comme nous allions vers le rivage dans le tems que la marée étoit presque haute, nous entrâmes tout droit dans une petite baie, & le premier homme sur lequel je fixai mes yeux, étoit l’espagnol à qui j’avois sauvé la vie : j’en reconnus parfaitement bien les traits ; pour son habit, j’en ferai la description dans la suite. J’ordonnai d’abord que tout le monde restât dans la chaloupe, & que personne ne me suivît à terre ; mais il n’y eut pas moyen de retenir Vendredi. Ce tendre fils avoit découvert son père à une si grande distance des autres espagnols, qu’il ne me fut pas possible de le voir ; & il est certain que, si on avoit voulu l’empêcher d’aller à terre, il se seroit jetté dans le mer, pour y aller à la nâge. A peine y avoit-il mis le pied, qu’il vola du côté du sauvage avec

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