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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/59

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pas survenu avec leurs propres officiers, & si à mes exhortations je n’avois pas ajouté la terrible menace de ne leur donner rien, s’ils ne se tenoient en repos, je crois en vérité qu’ils auroient forcé la chambre du cuisinier, & qu’ils auroient arraché la viande du chaudron. On pouvoit voir parfaitement bien dans ce cas, que ventre affamé n’a point d’oreilles. Nous les appaisâmes pourtant, & commençant à les nourrir par degrés, nous leur permîmes à la fin de manger tout leur soul, & tout alla mieux que je n’eusse pensé.

Pour la misère des passager, elle étoit tout autrement terrible que celle de l’équipage. Comme les matelots avoient eu d’abord peu de chose pour eux-mêmes, ils leur avoient donné des portions extrêmement petites ; à la fin ils les avoient absolument négligés ; de manière que depuis six ou sept jours, ils n’avoient eu rien du tout à manger, & fort peu de chose les deux ou trois jours qui avoient précédé. La pauvre mère, à ce que l’équipage nous rapporta, étoit une femme de bon sens & très-bien élevée, qui ayant épargné pour son fils, avec une tendresse véritablement maternelle, tout ce qu’elle pouvoit, avoit enfin perdu toutes ses forces. Quand notre contre-maître entra dans sa chambre, il la vit assise à terre, appuyée contre un des côtés du