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Page:Anonyme ou Collectif - Voyages imaginaires, songes, visions et romans cabalistiques, tome 2.djvu/58

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donner les rafraîchissemens nécessaires, s’ils éoient encore en vie. Le chirurgien l’avoir pourvu pour cet effet d’une grande écuelle pleine de son bouillon préparé, qui avoit fait tant de bien à notre pauvre contre-maître, & qui, selon lui, étoit capable de les rétablir par degrés.

Peu satisfait encore de toutes ces mesures, & ayant grande envie de voir de mes propres yeux le triste spectacle que ce vaisseau pouvoit me fournir d’une manière plus vive que ne pourroit jamais le faire aucun récit, je pris avec moi celui que nous appellions alors le capitaine du vaisseau, & je suivis nos gens avec sa chaloupe.

Je trouvai tous ces pauvres affamés dans une espèce de sédition, & prêts à arracher la viande du chaudron par force ; mais mon contre-maître, faisant son devoir, avoit placé un garde à la porte de la chambre du cuisinier ; & voyant qu’il ne faisoit rien par ses exhortations, il employa la violence pour faire du bien à ces gens en dépit d’eux-mêmes. Il eut pourtant la condescendance de faire tremper suffisamment quelques biscuit dans le pot, & de leur en faire donner à chacun un, pour appaiser un peu la fureur de leur appétit : les priant de croire que c’étoit pour leur propre conservation qu’il ne leur en donnoit que peu à la fois. Mais tout cela n’avoit pas été capable de les appaiser : si je n’y étois