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devoit y en avoir la plus grande quantité répandue dans le désert, quoiqu’il n’eût jamais entendu dire auparavant que ces barbares se fussent si fort avancés du côté du nord. C’étoit une triste consolation pour nous, mais il n’y avoit point de remède.

Il y avoit à notre gauche, à un quart de mille de nous, & tout près de là route, un petit bosquet où les arbres étoient extrêmement serrés & je considérai d’abord qu’il falloit nous abancer jusques-là, & nous y fortifier le mieux qu’il nous seroit possible. Nous devions nécessairement gagner par-là un double avantage : les branches épaisses & entrelacées nous mettroient à couvert des flèches de nos ennemis, & ils ne pourroient jamais nous attaquer en corps. À parler franchement, c’étoit le vieux pilote Portugais qui m’en fit d’abord venir la pensée. Ce bon-homme avoit cette excellente qualité qu’il conservoit toujours son sang-froid dans le péril, & par-là il étoit toujours le plus propre à nous donner de bons conseils & à nous inspirer du courage.

Nous exécutâmes d’abord ce projet avec toute la diligence possible, & nous gagnâmes le petit bois en question sans que les Tartares ou les brigands fissent le moindre mouvement pour nous en empêcher. Quand nous y fûmes arrivés,