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un homme foible, naturellement sujet à la tyrannie des passions : ne me tirez pas de mon heureuse défiance ; ne soyez pas en même tems mon ami & mon tentateur.

Si j’étois surpris de son discours précédent, celui-ci me rendit absolument muet. Son ame lutoit d’une telle force contre ses désirs, & contre ce penchant naturel à tout homme, de chercher ses commodités, que, quoiqu’il fît un tems extraordinairement froid, il étoit tout en eau. Voyant qu’il avoit grand besoin de se tranquilliser, je lui dis, en peu de mots, qu’il feroit bien de considérer cette affaire à loisir, & d’une manière calme, & là-dessus je m’en retournai chez moi.

Environ deux heures après, j’entendis quelqu’un à la porte de ma chambre, & lorsque je me levois pour l’ouvrir, il m’en épargna la peine ; c’étoit le prince lui-même. Mon cher ami, me dit-il, vous m’aviez presque persuadé ; mais la réflexion est venue à mon secours, & je me raffermis absolument dans mon opinion, ne le trouvez pas mauvais, je vous en prie. Si je n’accepte pas une offre aussi obligeante & aussi désintéressée que la vôtre, si se la refuse, ce n’est pas faute de reconnoissance ; j’en ai toute la gratitude possible, soyez-en sûr. Mais vous ne voudriez pas que je