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vice important que nous leur avions rendu. Le capitaine pris alors la parole, & me dit, qu’ils avoient sauvé de l’argent, qu’ils avoient dans leurs chaloupes d’autres choses de prix sauvées des flames à la hâte, & qu’ils avoient ordre de nous offrir tout cela, si nous voulions bien l’accepter ; qu’ils nous conjuroient seulement de les mettre à terre en quelque endroit d’où il leur fût possible de gagner la France.

Mon neveu parut d’abord assez porté à accepter leurs présens, quitte à voir après ce qu’il pourroit faire en leur faveur ; mais j’eus assez de pouvoir sur lui pour l’en détourner, sachant ce que c’est que d’être abandonné dans un pays étranger sans argent. Je me ressouvins que, si le [1] capitaine portugais en avoit usé de cette manière avec moi, & m’avoit fait acheter son bienfait de tout ce que j’avois au monde, je serois mort de faim, à moins que de rentrer dans un esclavage pareil à celui que j’avois souffert en Barbarie, & peut-être pire, puisqu’il n’est pas trop sûr qu’un Portugais soit un meilleur maître qu’un Truc.

Je répondis donc au capitaine françois, que, si nous l’avions secouru lui & ses gens dans leur

  1. Première partie.