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& avec une action si pathétique qu’on pouvoit lire dans tout son air, qu’il exprimoit les véritables sentimens de son cœur.

Je lui dis que je m’étois cru autrefois une espèce de monarque dans l’état que je lui avois dépeint mais que pour lui, il n’étoit pas seulement un souverain despotique mais encore un grand conquérant puisque celui qui remporte la victoire sur ses désirs rebelles qui s’assujettit soi-même, & qui rend sa volonté absolument dépendante de sa raison mérite mieux ce titre glorieux, que celui qui renverse les murailles de la plus forte place. « Je vous conjure pourtant, monseigneur, ajoutai-je de m’accorder la liberté de vous faire une seule question. S’il vous étoit entièrement libre de sortir de cette solitude, & de mettre fin à votre exil vous en serviriez-vous » ?

Monsieur me répondit-il votre question est subtile,5 & il faut faire quelque distinction très-exacte pour y répondre juste. Je vais pourtant vous satisfaire avec toute la candeur dont je suis capable. Rien au monde ne seroit assez fort pour me tirer de mon exil, que les deux motifs suivans ; la satisfaction de voir mes parens ; & le plaisir de vivre dans un climat un peu plus modéré. Mais je puis vous protester que si mon sou-