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Je vous conjure, ajouta-t-il, de me permettre de continuer encore quelques momens, j’aurai l’honneur ensuite de vous remercier comme celui à qui, après le ciel, je suis redevable à vie.

J’étois fort mortifié de l’avoir interrompu, & non-seulement je le laissai en repos, mais j’empêchai les autres de troubler sa dévotion.

Après être demeuré dans cette posture pendant quelques minutes, il vint me joindre, & d’une manière tendre & grave en même tems, les yeux pleins de larmes, il me remercia, & rendit graces à dieu de s’être servi de moi pour sauver la vie à tant d’autres misérables. Je lui répondis que j’étois charmé de lui avoir donné cette occasion de marquer sa reconnoissance envers dieu, que je n’avois rien fait que ce que la raison & l’humanité devoient inspirer à tous les hommes, & que je croyois devoir de mon côté remercier dieux de ce qu’il s’étoit servi de moi pour conserver tant de créatures faites à son image.

Après cette conversation, cet homme de bien fit tous ses efforts pour calmer les passions de ses compatriotes, par des exhortations, des prières, des raisonnemens, enfin par tout ce qui étoit capable de leur faire renfermer leur joue dans les bornes de la modération. Il réussit assez bien avec quelques-uns ; la plupart ne se possédoient pas assez pour profiter de ses leçons.